Au 17e étage, quatre Jésuites partagent la vie des gens du quartier de Bagatelle à Toulouse

05/07/2017

jésuites bagatelle toulouse

Les jésuites Jacques, Jérôme, Martin et Yves ont choisi Bagatelle pour vivre une vie religieuse en prise avec le quotidien de familles d’un quartier très populaire où l’accès à l’école et à la langue Française sont un combat permanent.

Au 17e étage de la tour du Morvan, dans le quartier de Bagatelle, les jésuites vivent en coloc depuis le début des années «70». Jérôme, le plus ancien malgré ses 56 ans, est installé dans le T5 depuis dix-huit ans. Du haut de ses 84 ans Jacques est le doyen de la communauté qu’il a rejoint il y a huit ans. À 68 ans, Martin s’est installé voici cinq ans, et Yves le benjamin, 49 ans, en est à sa troisième année de vie communautaire. Deux retraités et deux actifs : célibataires de par leurs vœux religieux, et insérés en plein cœur d’un quartier populaire par la volonté partagée «d’être avec les gens».

Aux murs de l’appartement un portrait de Teilhard de Chardin au fusain, deux reproductions des pèlerins d’Emmaüs d’Arcabas, et une carte en relief des Pyrénées. Mais pas d’inflation d’images pieuses. La messe est célébrée en commun le matin vers 8 h 30, ensuite chacun vaque à ses occupations, et on se retrouve le soir autour d’un repas préparé par celui qui était le plus disponible. Souvent la table s’ouvre à des amis du quartier ou à des demandeurs d’asile en attente de papiers.

Installés par leur provincial, les quatre jésuites ne se sont pas choisis. Jacques l’ancien prêtre-ouvrier et Jérôme le secrétaire de la Maison de quartier de Bagatelle affichent clairement leurs opinions de Chrétiens de gauche. Martin l’ex-directeur d’un lycée d’enseignement professionnel est un macronien convaincu « et tout ça fait la richesse de la vie communautaire, on s’estime même si on n’est souvent pas d’accord ». Les divergences portent d’ailleurs plus sur les modalités de l’action sociale que sur le fond.

Dans leurs activités quotidiennes, l’enseignement, et le travail associatif occupent une place centrale. La Pastorale cimente des journées bien remplies. En plus du secrétariat de la maison de quartier, Jérôme siège au conseil d’administration de la régie de quartier de Bagatelle et anime le réseau du centre d’accompagnement à la scolarité Loyola Formation où il est à l’origine de l’école de production qui dispense une formation professionnelle à des jeunes en échec au sein de l’Icam. Martin a participé à la création de l’ARPEJ 31, une association qui accompagne les scolaires et enseigne le français à leurs parents étrangers. Il compte également parmi les fondateurs de JRS Welcome qui accueille en permanence douze demandeurs d’asile via un réseau d’une centaine de familles. Il est aussi membre du groupe d’amitiés Islam chrétienne, et anime des rencontres entre croyants et incroyants. Jacques donne des cours de Français aux primo arrivants au sein de l’association Diapason et Yves est permanent salarié au centre spirituel Les Coteaux Païs. Les jeudis et dimanche Jacques et Martin célèbrent à la messe à la paroisse du Saint-Esprit.

Sur le balcon de l’appartement, une paire de chaussures de randonnée dévoile le goût de Jérôme et Martin pour la randonnée en montagne. Quant à Jacques, c’est à l’Utopia qu’il retrouve plusieurs fois par semaine l’ambiance passionnée des cinémas d’art et essais qui ont marqué sa jeunesse de prêtre-ouvrier.

> Source : La Dépêche du 25/06/2017

> Photo © DDM N. Saint Affre